L'Agenda du GIS

CFP : Re-membering the Struggle: South Africa, Apartheid and After

Re-membering the Struggle: South Africa, Apartheid and After
Journée d'étude / One-day conference
17 avril 2015 - 17th April 2015

Propositions de contribution avant le 10 décembre 2014 / Proposals for papers before 10 December 2014

Organisers: Gary Baines (Rhodes University), Nathalie Dessens (UT2J), Mathilde Rogez (UT2J)

Université Toulouse Jean Jaurès

(please scroll down for English version)

Version française

Cette journée d’étude se propose de revenir d’une part sur la question de la mémoire des conflits et des traumatismes en Afrique du Sud, en particulier, mais sans s’y limiter, autour de la lutte contre le régime d’apartheid et les vingt premières années de démocratie dans la nouvelle «nation arc-en-ciel», et d’autre part sur la représentation de cette mémoire, sa mise en récit et sa patrimonialisation, comme sa mise en question, autour des enjeux de la relation entre l’individu et le collectif. On pourra jouer sur le terme anglais de «remembering», acte de la mémoration et du remembrement, c’est-à-dire aussi du collage, de l’assemblage d’éléments de figuration qui peuvent aussi discorder avec un récit officiel.

De la sorte, cette journée invite à une approche pluri-disciplinaire : le comité scientifique et les orateurs invités viennent de disciplines aussi diverses que l’histoire et la littérature, les études anglaises et la sociologie, et ils espèrent réunir autour d’eux des chercheurs faisant appel à des approches variées pour croiser leurs regards sur cet objet d’études. Dans la même logique, les approches comparatistes, entre différentes périodes de l’histoire sud-africaine ou entre cette dernière et d’autres événements similaires dans d’autres pays, comme aux Etats-Unis par exemple, sont encouragées.

Profitant de la présence de Gary Baines, professeur à l’université de Rhodes en Afrique du Sud et directeur du département d’histoire de cette université, comme professeur invité pour un mois au DEMA, cette journée d’étude se propose de revenir, un peu plus d’un siècle après les premières lois sur la terre en Afrique du Sud (Native Land Act, Act No. 27 of 1913) et la fondation du Congrès sud-africain (African National Congress, ANC), et tout juste 20 ans après les premières élections libres après la chute de l’apartheid, sur les luttes ayant traversé ce pays et la manière dont elles sont représentées et commémorées.

Si les trois années précédentes ont vu en Afrique du Sud une multitude de commémorations, y compris sous la forme de grands spectacles à la gloire de l’œuvre de l’ANC au pouvoir depuis 20 ans, elles n’ont pas réussi à masquer complètement les lignes de fracture qui demeurent encore dans le pays, et les fêlures créées par la lutte vers une nation non-ségréguée elle-même. Certaines avaient été mises au jour à l’occasion des travaux de la Commission vérité et réconciliation (Truth and Reconciliation Commission, TRC), elle-même une forme de représentation, théâtralisée, de la réconciliation que l’on espérait à l’œuvre dans le pays, mais le processus de mémoration, notamment des crimes des deux camps, de la branche armée de l’ANC (Umkhonto we Sizwe, MK) et de l’armée sud-africaine (South African Defence Force, SADF) et des autorités de l’apartheid, avait tourné court. Ces plaies semblent se rouvrir, notamment depuis que l’icône de la lutte puis de la paix, Nelson Mandela, a disparu. La cérémonie solennelle lors de son enterrement, extrêmement mise en scène, a donné lieu à des manifestations d’hostilité en particulier vis-à-vis du pouvoir en place et du président actuel, Jacob Zuma, car beaucoup considèrent que les promesses et espoirs pour lesquels ils ont lutté aux côtés de Mandela sous l’apartheid, n’ont pas été tenus ni satisfaits. On se souviendra que déjà en 2012 au Festival de Grahamstown, alors qu’on célébrait dans un bâtiment voisin les 100 ans de l’ANC, étaient présentées d’autres versions de l’histoire et de la mémoire sud-africaines, avec des spectacles comme Moffie de Bailey Snyman, ou l’installation Maria’s Story de la plasticienne et chercheuse Maureen de Jager autour de la guerre anglo-boer.

Une fois closes la cérémonie du 15 décembre 2013 en hommage à Nelson Mandela, et l’ère de Tata Madiba, le père de la nouvelle nation, quelles voix se font entendre pour raconter l’histoire des luttes qui ont traversé le pays – ces dernières décennies, mais aussi depuis le début du siècle ou de la colonisation? Qui a voix au chapitre en Afrique du Sud? Et si d’autres voix se font entendre, ne sont-elles que discordantes, conservatrices, comme celles de certains groupes minoritaires afrikaners ou de vétérans de l’armée sud-africaine du temps de l’apartheid (South African Defence Force, SADF) ? Plus loin encore, comment se font-elles entendre, qui les entend, les analyse, et comment ? Comment préserver ces voix, même éventuellement dérangeantes, et écrire toutes les histoires de l’Afrique du Sud ?
Quels modes d’expression conviennent-ils aux voix individuelles au milieu du récit collectif ou avec lui : l’historiographie, supposée objective, l’art plastique, le récit écrit, blog ou entretien autobiographique, la performance collective ? Comment est représentée la mémoire, et comment ensuite la conserve-t-on et la fait-on elle-même entrer dans le patrimoine ?

Cette journée d’étude s’inscrit à la fois dans le cadre des travaux de deux des axes de recherche du laboratoire Cultures Anglo-Saxonnes (CAS, EA 801) sur les lieux communs, espaces partagés et espaces disputés (ce qui caractérise hautement un territoire comme celui de l’Afrique du Sud), et celui sur la mémoire et le trauma et l’émergence du collectif (qui peut intéresser aussi bien les chercheurs américanistes que sud-africanistes – et au-delà des seuls anglicistes), et dans celui des thématiques des mémoires opprimées du projet LABEX-SMS. Elle s’inscrit également dans le fil du développement des études sud-africaines à l’Université de Toulouse depuis quelques années et notamment les manifestations organisées dans le cadre de la Saison de l’Afrique du Sud en France en 2013.

Les propositions de contribution (500 mots maximum, accompagnées d’un bref CV) devront parvenir aux organisateurs avant le 10 décembre 2014 à l’adresse suivante : Mathilde Rogez: rogez@univ-tlse2.fr. Les communications se feront en anglais.

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English version

This one-day conference aims to focus on the one hand on the issue of the memory of conflicts and trauma in South Africa, in particular, but without limiting itself to that period only, at the time of the struggle against the apartheid regime and the first twenty years of democracy in the new "rainbow nation", and on the other hand on the representation of this memory, the way it has been narrativised, recorded and preserved as well as questioned, with issues such as the relationship between the individual and the collective. One may think here of the word "re-membering", an act of memory and of putting things together again, that is to say as well, of collage, of assembling elements of figuration which can also jar with any official narrative.

Thus, this conference calls for a multidisciplinary approach: the scientific committee and the invited speakers come from disciplines as diverse as history and literature, English studies and sociology, and they hope to gather around them researchers using different approaches to share and compare their views on their common object of study. In the same logic, comparative approaches between different periods in South African history or between the latter and similar events in other countries, like the United States, for example, are encouraged.

Taking advantage of the presence of Professor Gary Baines, Head of the History Department at Rhodes University (South Africa), as a guest professor for one month in Toulouse, this conference will, just over a century after the first land acts in South Africa (Native Land Act, Act No. 27 of 1913) and the creation of the African National Congress (ANC), and just 20 years after the first free elections after the fall of apartheid, go back to the struggles which have racked this country and how they are represented and commemorated.

If the previous three years there has been in South Africa a multitude of celebrations, including in the form of big shows to the glory of the ANC, in power for 20 years, they have not managed to completely hide the fault lines that remain in the country, and the cracks created by the struggle for a non-segregated nation itself. Some had been uncovered during the work of the Truth and Reconciliation Commission (TRC), itself a form of (highly theatrical and theatralised) representation of the reconciliation that people hoped would be at work in the country, but the process of commemoration, including of crimes committed on both sides, by the armed wing of the ANC (Umkhonto we Sizwe, MK) and the South African army (South African Defence Force, SADF) and the authorities of apartheid, was cut short.
These wounds seem to have reopened, especially since the icon of the struggle and peace, Nelson Mandela, died a year ago. The solemn, extremely staged, ceremony for his funeral, did not prevent the expression of some hostility in particular against those in power and the current president, Jacob Zuma, as many believe the promises and hopes, for which they fought alongside Mandela under apartheid, have not been fulfilled nor satisfied. It will be recalled that already in the 2012 National Arts Festival in Grahamstown, which among other things celebrated the centenary of the ANC, were simultaneously presented, in adjacent theatrical halls, other versions of history and memory in South Africa, with performances such as Moffie by Bailey Snyman, or the installation Maria's Story by the artist and researcher Maureen de Jager around the Anglo-Boer War.

Once the ceremony on December 15, 2013 as a tribute to Nelson Mandela ended, and with the era of Tata Madiba, the father of the new nation, now over, whose voices are heard to tell the story of the struggles that have crisscrossed the country – in the latter decades, but also since the beginning of the century or of the colonization of South Africa? Who has a say and a voice in South Africa? And if other voices are heard, are they only discordant, or conservative, as those of some Afrikaner groups or some societies of veterans of the South African army during apartheid (South African Defence Force, SADF). Further, are those voices heard, who hears them, analyzes them, and how? How can these voices, even if possibly disturbing, can be preserved, and how can all the stories of South Africa be written down? What modes of expression fit individual voices in the midst of collective narratives or alongside them: historiography, which is supposedly objective, the visual arts, written narratives, autobiographical blogs or personal interviews, or collective performance? How is memory represented and how is it then preserved and becomes itself part of the South African heritage?

Proposals for papers (maximum 500 words, together with a brief CV) should be sent to the organizers before 10 December 2014 (Mathilde Rogez: rogez@univ-tlse2.fr). The language of the conference will be English.