L'Agenda du GIS

Insidious oppositions and conspicuous subversions: the informality of politics

ECAS 2015

6e CONFÉRENCE EUROPÉENNE DES ÉTUDES AFRICAINES
Paris, 8-10 July 2015

 

Collective Mobilisations in Africa : Contestation, resistance, revolt

6th European Conference On African Studies 
 Paris, 8-10 July 2015

Panel 218. Insidious oppositions and conspicuous subversions: the informality of politics

Convenors: Sylvie Ayimpam, Jacky Bouju

Public oppositions may rely on politically unclear processes. In this panel, we want to delve into these modes of opposition and political subversion, which are often insidious or covert, informal and conspicuous. Although some of these atypical modes of political subversion have already been explored, (Bouju & Ouattara 2002, Hilgers & Mazzochetti 2006) they remain quite unknown. Particularly noticeable in towns, these events rally a majority of citizens who do not know their rights, who ignore the law and consider the city public space as a personal resource. Thus, “the resilience of refuse and litter” expresses a kind of informal but real political opposition as it constantly infringes official norms. But, there are others: the anti-establishment behaviours during funeral rites, the confrontation though interposed marabouts or magical practices in political rivalry, or the lynching of sorcerers and thieves by mob justice. Forgotten by political powers, many citizens protest in many ways by subverting official norms and opposing the recurrence of their deeds to the political law that they refuse to recognize.

Oppositions insidieuses et subversions visibles : L’informalité du politique

Les oppositions collectives peuvent relever de processus non explicitement politiques. Ce panel propose de réfléchir aux formes d’opposition et de contestation politiques et sociales peu manifestes, plus insidieuses, informelles mais visibles. Certaines de ces formes d’opposition atypiques ont déjà été explorées (Bouju & Ouattara 2002, Hilgers & Mazzochetti 2006), mais demeurent peu analysées. Observables surtout dans les villes, ces oppositions collectives mobilisent de manière dispersée une majorité de citadins qui connaissent peu leurs droits, ignorent la loi et considèrent l’espace public comme un espace appropriable. La « résistance des ordures », par exemple, exprime une forme d’opposition politique, informelle, mais bien réelle, qui transgresse les normes des pouvoirs publics. Il en existe d’autres: les comportements contestataires dans les espaces funéraires, l’affrontement par marabouts ou pasteurs interposés dans les rivalités politiques, ou encore la mise à mort des sorciers et des voleurs par la justice populaire, etc. Oubliés des pouvoirs publics, nombre de citadins s’opposent de multiples manières en pratiquant la subversion des normes, en opposant la récurrence de leurs actes aux représentations de l’ordre public qu’ils refusent de reconnaître.

Women’s modes of political articulation in a Guinean city

Carole Ammann

When asked about their relation to politics, women in Kankan, Guinea’s second largest city, usually do not want to be related to what – in their eyes – is a dirty male business. Nevertheless, through their daily actions women constantly engage in political subversion: Local ‘Big Women’ merge into an association of female leaders when political instability threatens to turn into mass violence; market women pay a friendly tax collector after the municipality has cut his salary; elderly women wipe Kankan’s main roads as the local authorities do not fulfil their obligations. Furthermore, women take an active part in spreading rumours about government’s mismanagement and misappropriation. Moreover, they constantly complain about the costs of living in general and the high food prices in particular and they accuse the Guinean government of not providing basic services.

All in all, women in Kankan are talking and doing politics although they often deny so in interviews. Hence, this paper proposes to especially focus on women’s everyday discourses and social practices so as to finally reveal their modes of political opposition. As the examples will show, this political subversion can take place in a more intimate or a more open setting and the political claims can be directly or more indirectly framed. A closer look at this twofold continuum not only helps to understand women’s political articulations but also to overcome the public-private divide with regards to political activity.

Controverses et Mobilisation contre l’impôt forfaitaire sur le micro-commerce à Kinshasa

Sylvie Ayimpam

En Juillet 2013, l’annonce de la mise en place d’un impôt forfaitaire sur les revenus des micro-activités économiques au Congo-Kinshasa a soulevé une controverse politique, et entrainé un important mouvement de grèves des petits commerçants travaillant dans les marchés et les rues de la ville Kinshasa. Il a surtout propulsé sur le devant de la scène des organisations syndicales de commerçants, peu connues du grand public jusque là. Elles ont mené avec force sur le plan politique et sur le plan médiatique, le mouvement de contestation contre cet impôt vécu par les petits commerçants comme injuste et inapproprié. L’analyse du mouvement de contestation contre cet impôt forfaitaire, au-delà des controverses soulevées, de l’opposition entre le gouvernement central et le gouvernement local dans la gestion du dossier, nous donnera l’occasion de revenir dans une perspective diachronique sur les formes de regroupement et de défense des intérêt des petits commerçants.

Il s’agira également d’examiner les tensions et conflits qui naissent de l’expansion continue du micro-commerce, et comment ils trouvent un écho dans les luttes entre le pouvoir central et le pouvoir provincial-urbain

Contester par les déchets : dépotoirs et bennes à ordures comme objets de mobilisation à Garoua (Cameroun)

Emilie Guitard

A Garoua, ville moyenne du nord du Cameroun, les déchets et leur gestion jouent de longue date un rôle majeur dans les relations de pouvoir. Leurs modes d’évacuation et le choix de leurs sites de dépôt dans l’espace public constituent autant de moyens d’exprimer une forme d’autorité sur un espace donné et d’intervenir dans la subjectivation des individus,. La gestion des déchets a pu ainsi, comme dans d’autres contextes urbains africains (Lesbet 1992, Bouju et Ouattara 2002) servir aux citadins d’instrument de contestation face aux pouvoirs publics. Celle-ci s’est faite néanmoins selon des logiques instaurant le détenteur de l’autorité sur un espace donné comme un « maître du désordre » (Hell 2002), se devant de contenir les ordures et leurs méfaits, et jouissant en retour du privilège de les instrumentaliser pour mettre en scène et asseoir son pouvoir.

C’est selon ce prisme que nous analyserons les multiples dénonciations par les citadins, à partir du début des années 2000, de la « poubellisation » de leur ville comme le signe de l’échec des autorités en place, mais aussi la compétition qui s’instaura, avec l’envoi d’une société de collecte privée par l’Etat en 2008, entre les différents pouvoirs municipaux, les notabilités locales et les citadins pour l’obtention de bennes à ordures.

Entre municipalités sourdes et citadins muets à Bobo-Dioulasso

Jacky Bouju

Cette contribution sera centrée sur une analyse de l’échange politique entre les citoyens-électeurs et les citoyens-élus à partir du problème posé par l’évacuation des déchets domestiques à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. La résistance des citadins au pouvoir municipal prend des formes d’incivilités diverses. On proposera donc une interprétation politique de la saleté de la ville de Bobo-Dioulasso. La question de l’évacuation de la saleté et des eaux usées illustre de manière exemplaire les termes de l’échange politique entre les services de nettoyage et d’assainissement urbain (censés offrir un service public urbain communal) et les citadins (censés marquer leur sens civique dans la disposition de leurs ordures et de leurs eaux usées. Comme dans nombre de situations urbaines comparables, cette relation s’avère très conflictuelle et marquée par le manquement systématique aux attentes de l’autre partie.

Appartenances sociales et interférences politiques en Afrique de l’Ouest

Danièle Kintz

Beaucoup de partis politiques en Afrique de l’Ouest annoncent des programmes qui se ressemblent et se différencient surtout par les personnalités de leurs leaders, les activités et les appartenances sociales de ceux-ci. Ce phénomène, universel sans doute, a une résonance particulière dans les pays où la tradition démocratique, dans sa forme contemporaine, est relativement récente. Le savon “Adema” en pays dogon illustre, entre autres, ce phénomène, représentatif des “casquettes” multiples des leaders qui, pour les électeurs, se superposent.