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La fabrique des espaces publics dans les villes « non-occidentales »

La fabrique des espaces publics dans les villes « non-occidentales »

Aperau_RENNES-2015_Affiche2Le collectif de recherche pour un urbanisme ouvert sur les mondes (CORUM) organise une conférence / table ronde sur le thème: La fabrique des espaces publics dans les villes « non-occidentales ». Elle réunira  de jeunes chercheurs et praticiens  travaillant sur les villes « non-occidentales ». La conférence / table ronde se déroulera dans le cadre des XVIIe rencontres internationales en urbanisme – APERAU, qui se tiendront à Rennes du 1er au 5 juin 2015 sur le thème “La fabrique de la ville”.

  • Comment les espaces publics participent-ils à la structuration ou à la restructuration des territoires urbains au sein des villes « non-occidentales » ?
  • Quels sont les mécanismes de production passés, présents et à venir des espaces publics dans les villes « non-occidentales » ?
  • Quelles sont les nouvelles formes d’espaces publics aujourd’hui, et qui en sont les acteurs ?
  • De quelle manière ces espaces publics participent-ils à la production de nouveaux territoires urbains, et comment procèdent-ils de nouvelles manières de construire la cité ?
  • Enfin, quelles sont les expériences singulières qui peuvent alimenter le débat autour de la fabrique des espaces publics au sein des villes « non-occidentales » ?

La notion « d’espace public », accordée au singulier ou au pluriel, occupe une place toujours plus importante au sein des débats et approches scientifiques sur la ville. Aujourd’hui, « l’espace public » ne renvoie pas seulement à un espace d’expression, de débat et de confrontation politiques ; il désigne, tantôt plus largement, tantôt plus précisément, un ensemble d’espaces et de lieux « accessibles » aux habitants de la cité. Cependant, ces derniers ne sont donc pas toujours définis par la loi comme étant « publics » : en effet, des espaces privés, tels que des centres commerciaux, peuvent avoir un caractère public[1]. De même, la notion « d’espace public » est aujourd’hui mobilisée dans des contextes de régimes politiques et de propriété très variés. Ce fait illustre que la participation des populations aux affaires politiques en général dépasse, pour bon nombre de chercheurs, les cadres légaux particuliers.

Cependant, dans l’imaginaire collectif, les espaces publics urbains restent le plus souvent représentés par des rues, places, parcs ou jardins. Il s’agit, dans la majorité des cas, d’espaces ouverts situés dans les interstices de villes avant tout constituées d’espaces ayant pour vocation à être utilisés de manière privée. Ces interstices assurent des liens et connexions entre différents espaces bâtis ; c’est notamment d’eux que dépend la qualité de l’environnement urbain. En effet, comme le dit Serge Salat, « la qualité de la vie urbaine […] dépend de la structure de ces espaces, de leur caractère ordonné et signifiant, ou bien chaotique, amorphe et vide de sens »[2]. Au sein de villes de plus en plus fragmentées et étalées, les espaces ouverts prennent alors une importance considérable dans les approches contemporaines de la ville. Ces espaces apparaissent, comme le formule Bernardo Secchi, « comme des matériaux urbains fondamentaux »[3] qui pourraient assumer le rôle d’intermédiaire entre les différents fragments de la ville.

La question des « espaces publics » semble d’autant plus importante au regard des transformations contemporaines des villes à l’échelle globale. Le paradigme du progrès dans les pays dits du « Nord » et le paradigme du développement dans les pays dits du « Sud » ont contribué à fragmenter l’ensemble des territoires urbains. L’espace dit « public » est, en effet, bien souvent réduit à l’espace résiduel entre le bâti et les infrastructures[4]. Par ailleurs, la reconfiguration, voire la disparition ou le recul, des espaces pédestres produisent des articulations spatiales de plus en plus complexes et non « homogènes », faisant éclater autant les distances et les échelles que les « rythmes » de la ville[5]. La notion « d’espace public » est d’autant plus cruciale qu’elle permet justement de dépasser la notion de fragmentation, qui peine parfois à expliquer comment les pratiques, les discours et les représentations des citadins s’émancipent des frontières morphologiques et sociales de la ville.

Il semble alors important de mieux considérer les actions spatialisées des différents acteurs du territoire, porteurs de discours et de logiques de productions urbaines qui leur sont propres. La question des espaces publics est ainsi assez large pour être traversée par un ensemble très varié de sujets partagés par la plupart des urbanistes et aménageurs, tout comme par bon nombre de chercheurs évoluant dans le champ des études urbaines, ou des sciences sociales en général. Les espaces publics sont ainsi tributaires de l’évolution des modes et des logiques d’occupation de l’espace, des dynamiques foncières, du développement d’infrastructures de transport, des politiques et de la production de logements, de la planification urbaine, ou encore de la réorganisation du rapport entre espaces centraux et périphériques. Ces éléments structurants dépendent par ailleurs de stratégies d’acteurs (tant les urbains, que les urbanisant ou les « urbanisés ») qui s’inscrivent au sein de logiques de productions urbaines à la fois globalisées et localisées.

Les « espaces publics » renvoient alors directement aux actions des « acteurs publics », particulièrement lorsque ces derniers sont faiblement actifs dans l’encadrement de la production urbaine, ou lorsque leurs actions sont sectorielles et non concertées. Cette situation est bien souvent considérée comme étant partagée par bon nombre de villes dites du « Sud ». Cependant, la question des espaces publics se pose tout aussi bien, mais certes en d’autres termes, dans des contextes où les acteurs publics sont particulièrement interventionnistes. Dans un cas comme dans l’autre, la (néo)libéralisation économique que beaucoup de pays ont connu ces trente dernières années a renforcé le rôle des acteurs privés dans la création, la destruction ou la mutation des espaces publics urbains, en même temps que la privatisation de la production urbaine contribue à augmenter la fragmentation des villes à travers des réalisations de plus en plus isolées des tissus existants.

Dans ces contextes urbains contemporains, la construction du vide comme objet urbain semble être une préoccupation importante. Elle permettrait certainement de retrouver des connexions et des liens non seulement entre les différentes parties des territoires urbains, mais aussi entre les acteurs de ces territoires. L’espace public peut constituer en ce sens le support ou le socle d’une nouvelle structuration de ces espaces. Il peut être au cœur de l’intégration des infrastructures de transport, notamment du transport en commun ; il peut être au cœur de la fabrication de nouveaux rapports villes/campagnes en redéfinissant la place des grands espaces ouverts, des espaces agricoles et de leur enchevêtrement avec l’espace bâti ; il peut être au cœur de la pacification de la ville et de l’apaisement des conflits sociaux ou, à l’inverse, de la contestation politique pour un plus grand « droit à la ville » ; enfin, il peut être au cœur de la construction d’un espace public au sens d’espace de débat politique.