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Enchanter l’autoritarisme ? Imaginaires et pratiques de la domination autoritaire

Rencontre GIS 2018

Afriques enchantées, Afriques en chantiers / Marseille

Intervenants:

Anne-Laure Mahé, Cyrielle Maingraud-Martinaud, Laure Crombé, Toussaint Kounouho, Moïse Tchingankong Yanou

Présentation de l’atelier

La littérature contemporaine sur l’autoritarisme a connu un renouveau certain depuis une décennie (voir entre autres Levitsky & Way, 2010 ; Michalik, 2015 ; Bogaards & Elischer, 2016 pour des synthèses), notamment autour d’approches néo-institutionnalistes (Gandhi, 2008) ou d’inspiration rationaliste (Magaloni, 2006). S’inspirant sur ce point de l’approche séminale de Juan Linz – qui faisait de l’absence d’idéologie l’une des caractéristiques de l’autoritarisme – ces travaux se sont focalisés sur les modes de fonctionnement de ces régimes et ont peu interrogé leurs appareillages doctrinaires et leurs ambitions de légitimation.

 Pourtant, nombre de ces régimes continuent d’investir une partie de leurs ressources – bien que limitées – dans la production d’imaginaires qui font référence à un passé mythifié comme celui des guerres de libération nationale (Afrique australe), à l’idéologie du développement (Tanzanie), au référent religieux (Soudan) et/ou à l’idée de l’unité nationale (Éthiopie), cherchant à « enchanter » leur fonctionnement au quotidien et leurs pratiques de domination. Ces imaginaires ne sont pas uniquement des productions discursives : ils s’incarnent dans une variété de pratiques concrètes qui ne se limitent pas à la mise en scène du pouvoir mais influencent le contenu et les outils de l’action publique. Si la production idéelle peut permettre de susciter la croyance en le bien-fondé du régime – selon une définition classique de la légitimité (Lipset, 1960) – elle cherche souvent moins à convaincre les citoyens qu’à produire des comportements conformes (Wedeen, 1999), en suscitant un enthousiasme minimal, un emballement ritualisé ou une excitation passagère. La construction d’un imaginaire politique a alors une fonction de mobilisation de la population, mais elle peut également viser de façon plus restreinte à renforcer l’identité commune de l’élite ou à poser les limites dans lesquelles les discours d’opposition peuvent être articulés (Grauvogel et Von Soest, 2014).

Analyser ces ambitions de légitimation et /ou d’enchantement est donc central pour comprendre les résiliences autoritaires contemporaines, les conditions de reproduction de ces régimes et leur capacité à se maintenir dans un équilibre dynamique (Gatelier & Valeri, 2012). Il s’agira également, en interrogeant à la fois leurs aspects idéels et concrets (Chivallon, 2007), de resituer la pluralité des effets produits par ces imaginaires et ces pratiques – conviction, conformisme, dépolitisation – et donc de mieux comprendre les manières de séduire, d’encadrer et de mobiliser de ces régimes.

Sans caractère exhaustif, les contributions pourront s’intéresser aux processus de production de l’enchantement et de la légitimation des régimes autoritaires, en s’interrogeant entre autres sur les différents agents (locaux, nationaux et internationaux) qui participent à ces processus ; en questionnant les conditions de réceptions de ces procédés et à leurs réappropriations populaires ; ou encore en réfléchissant aux défis méthodologiques que posent de tels questionnements autour de la légitimation et/ou de l’enchantement de ces régimes.

COMMUNICATIONS

Anne-Laure Mahé
La promesse de l’émergence : stratégie de légitimation et facteur de résilience autoritaire

Cyrielle Maingraud-Martinaud
Ujamaa na Mungu – (post)socialisme et religion : dynamiques contemporaines d’enchantement du régime politique tanzanien

Laure Crombé
L’autoritarisme dans la ville : discours et pratiques de pouvoir dans la gestion du service de l’eau à Khartoum

Toussaint Kounouho
« Enchanter » l’autoritarisme après le décès des pères ? Discours et pratiques de la domination héréditaire au Togo, au Gabon et en RDC

Moïse Tchingankong Yanou
Le champ politique camerounais à l’étranger à travers l’hégémonisme structurel aux controverses des parties politiques