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Entre islam noir et islamisme : les discours normatifs sur l’islam en Afrique subsaharienne

Rencontre RTP 2006

Études africaines : état des lieux et des savoirs en France / Paris

Intervenants:

Gilles Holder, Muriel Gomez-Perez, Abdourahmane Seck, Benoit Hazard

Présentation de l’atelier

Alors que ces dernières années, les études sur l’islam et l’« islamité » (Dakhlia) se sont multipliées en France et à l’étranger, peu de travaux ont porté sur les mises en discours de l’islam et les mises en normes des pratiques musulmanes en Afrique subsaharienne. Mais si ces processus participent des « inventions de l’Afrique », ils s’inscrivent aussi dans une perspective essentialiste et civilisationnelle qui réfère à ce qu’on appelle de façon commode le « monde arabo-musulman ». Or, outre que cette vision tend à situer la religion musulmane en Afrique comme exogène, elle contribue à reléguer l’islam à la périphérie des sociétés subsahariennes et à toujours concevoir du syncrétisme entre islam et pratiques religieuses ancestrales. Tantôt occulté, effacé ou invisible, tantôt fanatique ou exubérant, mais toujours singulier, l’islam en Afrique subsaharienne est autant un miroir déformant de nos représentations du continent noir qu’une expression significative de la recevabilité de l’islam dans nos propres sociétés. L’argument principal de cet atelier est de comprendre comment se sont construits les discours normatifs sur l’islam dans les études africaines, mais aussi de rendre compte de leur impact sur les pratiques musulmanes actuelles au sud du Sahara. Après avoir procédé au démantèlement du terme « islamisme », notion qui domine la littérature africaniste du début du XIXe siècle jusqu’aux années 1950, on s’interrogera sur sa réapparition et sur la distinction proposée ici ou là entre « islam comme religion et islamisme comme doctrine ». De même, en travaillant sur l’hypothèse selon laquelle le processus de mise en islam des sociétés subsahariennes (Froelich) croise celui de la mise en ethnies des sociétés africaines (Delafosse), on s’attachera à décrire et analyser les usages de la notion d’« islam noir », jugé parfois abâtardi, désarmé (André, Delafosse) et incapable de se départir du « vieux fond noir » (Griaule), parfois authentiquement africain (Cardaire, Monteil) et porteur des valeurs d’un soufisme pacifique. Dès lors, il y aura lieu d’interroger les récentes métamorphoses et la pluralité « des islams » au sud du Sahara, tantôt comme expérience d’une laïcité qui distinguerait religion (din) et cité (dawla), tantôt culturalisé, voire ethnicisé, et parfois situé au c’ur de certains afrocentrismes tels que le N’ko (Amselle), tantôt à l’écoute des normes et des règles issues des pays du Moyen-Orient et du Golfe persique, oscillant peut-être entre islamisation et arabisation.

Communications

Gilles Holder

Muriel Gomez-Perez

Abdourahmane Seck

Benoit Hazard