Les rencontres Audio

Environnement, pouvoir et discours locaux

Rencontre GIS 2016

Afriques Cosmopolitiques / Paris

Intervenants:

Guillaume Blanc, Marie Lorin, Melanie Bourlet, Kevin De La Croix, Laté Lawson-Hellu, Gaële Rouillé

Présentation de l’atelier

Du paysage aux sociétés rurales, du microbe à l’animal, les sciences humaines et sociales s’efforcent aujourd’hui de revisiter les fondements écologiques du changement social. Les chercheurs ont abandonné la thèse du déclin, qui postulait l’existence d’un équilibre écologique rompu par l’activité destructrice de l’homme. Au lieu de chercher à distinguer ce qui, dans l’environnement, relève des sphères humaines ou non-humaines, ils s’intéressent aux modalités d’imbrication du culturel et du naturel dans le paysage. Même si l’intervention humaine sur le milieu n’entraîne pas nécessairement la dégradation de celui-ci, le paysage en porte toujours l’empreinte (Castonguay 2006). Parce que cette seconde nature de l’environnement – celle portant la marque de l’homme – est précisément l’expression d’une culture – celle des hommes qui marquent l’environnement –, les sciences de l’homme doivent déconstruire ce paysage afin de saisir la façon dont il est débattu et reconstruit (Cronon 1996). Et parce que la délimitation de ce qui relève du naturel et du culturel est précisément l’expression de rapports de force, leurs praticiens doivent identifier le rôle de la nature dans la construction d’un ordre social.

C’est d’autant plus nécessaire lorsque l’on étudie l’Afrique. Source de son essentialisation historique puis historiographique, l’imaginaire d’un environnement africain homogène et dégradé continue de présider aux politiques environnementales africaines. Or, cet imaginaire est le produit direct de la colonisation : administrateurs, forestiers et colons européens ont inventé le mythe de la dégradation de l’Éden africain pour légitimer et renforcer leur pouvoir. En Afrique peut-être davantage qu’ailleurs, le changement environnemental doit être étudié à l’aune des rapports de pouvoir qui y président.

Les sciences humaines et sociales s’intéressent aujourd’hui à des concepts tels que la race, la classe ou le genre parce qu’ils offrent, aussi, un moyen d’explorer l’histoire de l’oppression et des inégalités de pouvoir. Miroir des rapports sociaux, ces inégalités prennent aussi « place », littéralement, se manifestant dans les paysages avec leurs propres attributs écologiques. La transformation du monde naturel – pour se nourrir, se vêtir ou se loger – constitue donc une autre voie pour explorer l’histoire du pouvoir (Steinberg 2002). L’enjeu de ces recherches nouvelles est d’analyser la transformation de l’environnement par différents groupes sociaux, la lutte qui s’ensuit pour organiser cette transformation, et le changement écologique qui découle de ces processus au gré desquels l’environnement devient, tout à la fois, ressource à exploiter, territoire à construire et représentation à imposer dans l’espace public.

L’objectif de ce panel est d’offrir un éclairage pluridisciplinaire sur ces rapports sociaux à l’environnement. L’environnement y sera appréhendé comme construit institutionnel, matériel et idéel, et comme instrument et révélateur des structures d’encadrement des sociétés africaines.

COMMUNICATIONS

Melanie Bourlet
Mémoires d’un paysage dans la poésie peule de Bakary Diallo : l’enjeu écopolitique

Kevin De La Croix
Synchronisation sociale et environnementale des sociétés de pêcheurs sur le Niger supérieur (Guinée, Mali) : construction, adaptation et expression des pouvoirs

Laté Lawson-Hellu
La dynamique environnementale chez Félix Couchoro

Marie Lorin
La poésie des pêcheurs de la Vallée du Fleuve Sénégal : approche écopoétique

Gaële Rouillé
L’érosion des sols et la dégradation de la qualité de la ressource hydrique : changer de discours sans changer les solutions. L’exemple de l’amont du bassin versant du lac Naivasha, Kenya