Les rencontres Audio

Etudes africaines et frontières invisibles

Rencontre RTP 2006

Études africaines : état des lieux et des savoirs en France / Paris

Intervenants:

Odile Goerg, Pierre Boilley, Camille Lefebvre, Dominique Casajus

Présentation de l’atelier

Il n’est pas sûr que ce qu’on appelle en France les études africanistes s’étendent à la totalité du continent africain. En d’autres termes, l’Afrique des africanistes français n’est pas tout à fait celle de la géographie. Il suffit de consulter les tables du Journal des Africanistes pour constater que le Maghreb en est pratiquement absent. D’une manière générale, les laboratoires réputés africanistes comportent bien peu de maghrébisants en leur sein. Il y a à cela des raisons qu’il est intéressant d’explorer. Certaines sont historiques. La société des Africanistes, qui édite le Journal des Africanistes, a été fondée alors que se préparait la mission Dakar-Djibouti, événement dont il est de bon ton de dire qu’il marque en France le point de départ de l’ethnographie de terrain. Certains veulent même y voir le début d’une nouvelle discipline, « l’africanisme ». Or cet événement s’est déroulé au sud du Sahara et ceux qui y ont initié leur carrière ne se sont jamais intéressés à l’Afrique septentrionale, censée relever à leurs yeux d’autres disciplines. Il y a donc là une frontière institutionnelle, qui recoupe en partie une frontière géographique et aussi une frontière politique. Car si l’on veut dater le début des études nord-africaines, il faudrait sans doute le situer en 1839, lorsqu’un décret royal institue la Commission d’exploration scientifique de l’Algérie, institution qui s’inspire d’un événement scientifique encore antérieur, à savoir l’expédition d’Egypte. Les scientifiques suivent donc les militaires (parfois, mais plus rarement, ils les précèdent), et reprennent à leur compte les frontières que ceux-ci leurs imposent. Il y a donc lieu de s’interroger sur ces invisibles frontières scientifiques, se demander dans quelle mesure elles orientent ou obèrent nos études, se demander aussi dans quelle mesure elles sont franchies malgré tout de temps à autre. En particulier, où se situent les études qui concernent la frontière elle-même, c’est-à-dire, en gros, le Sahara’ Leurs tenants sont-ils des maghrébisants ou des africanistes’ Par ailleurs, il faudrait rapporter ces frontières historiquement construites aux frontières politiques qu’elle reproduisent plus ou moins, lesquelles sont elles aussi un produit de l’histoire. Qu’un livre comme Au carrefour du Soudan et de la Berbérie: Le sultanat touareg de l’Ayar, qui se présente dans son titre même comme un livre passe-frontière, soit dû à un homme qui joue un rôle politique dans son pays et qui s’est prononcé hautement sur la légitimité de ses frontières, voilà qui prouve amplement que les frontières du savoir ont quelques choses à voir avec les frontières politiques.

Communications

Odile Goerg

Pierre Boilley

Camille Lefebvre

Dominique Casajus