Les rencontres Audio

Frontières africaines : nouvelles approches

Rencontre RTP 2010

Recherches et débats : réinventer l'Afrique? / Bordeaux

Intervenants:

Pierre BOILLEY, Jean SCHMITZ, Isabelle SURUN, Séverine AWENENGO, Daouda GARY

Présentation de l’atelier

Organisé par Pierre BOILLEY, Université Paris1 Panthéon-Sorbonne, CEMAf

 

 

Les discours portant sur les frontières africaines ont longtemps été marqués par un parti pris de principe : celles-ci devaient être dénoncées comme étant des stigmates de la domination coloniale. Ce parti pris s’est focalisé autour de trois grands axes critiques.

 

* Les frontières furent d’abord considérées comme artificielles, produits d’importations imposés sans réflexion et sans logique, au mépris des structures humaines et géographiques existantes.

 

* La gestion coloniale fut ensuite montrée du doigt pour son aspect coercitif.

 

* Enfin, ce furent les conséquences du découpage qui ont été dénoncées : les frontières ont été considérées comme génératrices d’effets négatifs multiples ; elles auraient empêché le développement et seraient à l’origine de migrations, de déséquilibres de population et même de conflits.

 

Ce raisonnement, développé par des géographes, des anthropologues et des historiens, a longtemps été considéré comme le seul valide, et toute réflexion sur les frontières africaines ne s’y conformant pas était suspect de vouloir réhabiliter la colonisation. Si certaines recherches anglo-saxonnes avaient dès les années 1970 affirmé la nécessité de penser les frontières africaines autrement, la recherche française, quant à elle, a très peu exploré ces nouvelles pistes. Quelques travaux pionniers, notamment ceux de Michel Foucher, ont cependant démontré la possibilité de penser les frontières africaines en dehors de ces schémas préétablis.

 

La nécessité de renouveler un questionnement jusque là basé sur un postulat, l’abondance des matériaux, la convergence d’intérêt de chercheurs d’horizons divers, ainsi que la prégnance de la question de l’Etat en Afrique, plaident pour la nécessité d’engager une réflexion scientifique de grande ampleur sur la question des frontières africaines, qui se doit d’être à la fois pluridisciplinaire, systématique et critique.

 

L’objectif est d’étudier au cas par cas le processus d’élaboration de chacune des frontières, afin :

 

– de fournir des éléments pouvant nourrir la réflexion sur l’Etat en Afrique,

 

– mais aussi d’étudier ces frontières à travers les dynamiques qu’elles produisent (migrations, mobilité, gestion territoriale, décentralisation, relations entre Etat et identités, questions de conflits…)

 

Ces analyses doivent permettre de produire une cartographie nouvelle du lien entre politique et territoire en Afrique :

 

– en premier lieu une cartographie historique des formes prises par les limites politiques en Afrique avant la colonisation,

 

– ensuite une cartographie de la construction et de l’évolution des tracés frontaliers pendant la domination coloniale,

 

– enfin un état des lieux des frontières africaines actuelles, mettant en valeur les conflits, leurs résolutions, les renégociations frontalières, les délimitations et les frontières litigieuses.

 

 

 

Il s’agit de comprendre les frontières dans une profondeur conceptuelle qui doit permettre de les considérer comme des espaces à part entière, sujets de représentation, de discours, créateurs d’identité et révélateurs de pouvoir et de souveraineté.