Les rencontres Audio

Glissement de Terrain Atelier 4/4 : Glissements de modèles ou avalanche ?

Rencontre RTP 2010

Recherches et débats : réinventer l'Afrique? / Bordeaux

Intervenants:

Alexandra BIEHLER & Marie MORELLE, Pauline GUINARD, Armelle CHOPLIN, Marie BRIDONNEAU, Alice FRANCK

Présentation de l’atelier

Organisé par Marianne MORANGE,SEDET et Gecko, Université Denis Diderot

Une avalanche de modèles normatifs parfois dits de «  best practices  » s’est abattue sur les villes africaines : modèles de « bonne gouvernance » (sécuritaire, de participation populaire…), gestionnaires (délégation de services urbains, Partenariats Public-Privé, trame assainie…), urbains ( edge city, gated communities …), ou de développement économique local (zones franches, Business Improvement Districts et autres corridors …).
Qu’ils aient été conçus au Nord dans le cadre de politiques dites de développement, ou bien forgés au Sud, ces modèles voyagent de ville en ville, disparaissant ici pour resurgir ailleurs. Leurs déplacements, imperceptibles ou bruyamment orchestrés, esquissent les arabesques d’une mondialisation néolibérale que l’on imagine pourtant, en Afrique peut-être plus qu’ailleurs, plutôt verticale et en ligne droite. Et pourtant, ils tournent… et dans la réplication même, par un effet de modèle justement, sont adaptés, transformés, appropriés voire instrumentalisés par les sociétés locales. S’ils s’imposent souvent à travers la domination politique, idéologique ou le rayonnement symbolique d’un espace local considéré comme gagnant, ces modèles sont loin de constituer de simples formes d’imposition ou de surimposition. Ils entrent en tension avec des contextes très éloignés de leur environnement d’origine. On pense par exemple au succès du commerce de rue qui contrarie les efforts modernistes de régénération urbaine menés dans les centres-villes, d’Addis Abeba à Cape Town en passant par Nairobi.
La géographie peut apporter à ce débat sur les « transferts de modèles », déjà fort engagé dans le champ des sciences politiques et des études développementalistes, une dimension proprement spatiale : si traquer « l’origine » de ces modèles est une quête vaine, étudier leurs circulations a du sens pour identifier les moteurs régionaux du transfert ; cerner l’éventuelle émergence de « néo-modèles », ancrés dans des espaces particuliers, et leur capacité à se réarticuler avec le modèle générique, si tant est qu’il ait jamais été clairement identifié/able ? Quand la réplication et l’interprétation du modèle vont jusqu’à le rendre méconnaissable, peut-on d’ailleurs encore parler de modèle ?
En retour, la question des modèles éclaire deux problèmes méthodologiques centraux en géographie que cette table ronde se propose d’aborder :
– Parce que ces modèles sont littéralement débarqués dans des contextes post-coloniaux contrastés, ils nous incitent à profaner les cloisonnements des anciens prés carrés. Peut-on par exemple comparer la « dubaïsation » de Luanda et celle de Nouakchott ? Peut-on lire Ouaga 2000 comme un pur produit de la gouvernance urbaine néolibérale telle que décrite par la recherche anglophone ou doit-on y voir une forme d’hybridation avec une tradition de planification française ? Là, toutes les collisions temporelles sont possibles du moment que les portes de la comparaison ont été entrebâillées.
– Les modèles invitent aussi à penser au pluriel le spécifique, entreprise éminemment géographique mais toujours suspendue au risque d’aporie… à moins que l’exceptionnalité du terrain ne soit en partie réductible précisément par une approche en termes de modèles et que les modèles ne nous offrent une précieuse clé pour réconcilier les « villes ordinaires » chères à J. Robinson (2006) avec la mondialisation et la néolibéralisation ? Reste sans doute à savoir comment.