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La démocratie et ses régulations politiques et religieuses dans les territoires d’Afrique : géographie électorale et géographie des pouvoirs

Rencontre RTP 2010

Recherches et débats : réinventer l'Afrique? / Bordeaux

Intervenants:

Michel LESOURD, Adama BALL, Fatoumata COULIBALY, Christine GODEFROY, David VIGNERON

Présentation de l’atelier

Organisé par Michel LESOURD, Professeur Université de Rouen, GéoSUDS, anciennement LEDRA/UMR CNRS 6266 IDEES.

 

Les dynamiques de la mondialisation sont variées. Depuis les indépendances, la démocratie politique progresse en Afrique, et cette dynamique a été accélérée par la mise en place d’élections libres dans la dernière décennie du XXe siècle. L’arrivée d’une nouvelle génération adulte souvent qualifiée, la « révolution » des technologies de l’information et de la communication (TIC), tant comme moyen d’information que d’outil de « gestion » électorale et de contrôle, et les réformes territoriales (décentralisation), ont modifié la perception et le rôle de l’élection comme démarche majeure de la démocratie représentative. Dans le contexte d’une démocratie politique plus mature, face au jeu des partis et au pouvoir d’Etat, les pouvoirs « traditionnels » et religieux, en particulier les pouvoirs chrétiens et musulmans jouent, plus qu’un rôle de contre-pouvoir, un rôle régulateur de plus en plus affirmé.
Les travaux de recherche à Rouen sur ce thème ont comme terrains principaux le Mali, Sénégal et la république du Cap-Vert. L’UMR IDEES, dans ses diverses composantes, notamment l’équipe GéoSUDS (ex-LEDRA), travaille depuis plusieurs années en géographie des pouvoirs et plus spécialement sur le rôle du politique et du religieux dans les collectivités territoriales urbaines et rurales au Sénégal, au Mali, au Cap-Vert. Malgré son apparente banalité, la distinction entre les deux types de territoires (urbain/rural) n’est pas anodine : elle révèle des processus d’appropriation et d’adaptation de la démocratie représentative fort différents en intensité comme en « valeur » dans la mesure où les enjeux diffèrent considérablement selon le type de territoire : enjeux de pouvoir foncier/immobilier, de contrôle de l’aménagement, et de gestion urbaine en ville, enjeux davantage liés aux conflits d’usages de l’espace et à la compétition entre pouvoirs gérontocratiques et nouvelle génération éduquée, ainsi qu’à la délicate gestion des équilibres entre pouvoirs historiques et nouveaux pouvoirs politiques liés à la légitimité des partis.
Dans ces territoires, le pouvoir religieux n’est pas seulement un intervenant influent, mais aussi un régulateur des tensions. Une approche complémentaire est celle de la régulation des problèmes sociopolitiques, dans le pays comme à l’extérieur, par les missions officielles comme officieuses confiées aux dignitaires religieux : questions diplomatiques internationales, problème de la relation entre des diasporas centrifuges et le pays d’origine.
L’atelier propose de présenter un état des lieux des nouvelles formes des enjeux territoriaux de la démocratie politique sur la base d’un bilan de la géographie électorale africaine (problématiques, méthodes, outils) et ses diverses formes de régulation, notamment religieuse.
Le contexte sociopolitique et territorial africain à l’amorce de cette deuxième décennie du XXIe siècle est fort différent de celui qui a prévalu au lendemain des indépendances, tant en ce qui concerne les luttes idéologiques sous-tendant le développement de la démocratie que la légitimité des grands leaders historiques qui avaient en charge la construction de l’Etat au lendemain de l’indépendance ou encore le rapport au monde. En ce sens, les perspectives ouvertes par cet Atelier se situent dans une dynamique non pas postcoloniale mais dans celles d’une « nouvelle Afrique » au cœur de la mondialisation. On comprendra une Afrique influencée par des modèles non européens de gouvernance politico-religieuse, par l’invention (ou la réinvention) des modèles dits « traditionnels » de régulation, mais aussi de régulation par le peuple, sans que, pour autant, « l’occidentalisation », toujours au cœur de la dynamique, ait disparu. C’est aussi une Afrique des clivages sociaux et territoriaux de plus en plus marqués entre possédants et démunis sur fond de sous-emploi généralisé et d’informalisation.
L’Atelier proposera donc une approche en terme « d’écologie politique et religieuse ». Celle-ci, partant du fait électoral dans sa dimension locale, intègre dans son analyse les éléments jugés pertinents du contexte local : éléments socio-territoriaux, économiques et environnementaux, mais également idéologiques. Afin de mieux comprendre comment, confrontée aux pouvoirs locaux, la démocratie représentative progresse localement – et nationalement -, la méthode met en avant, de manière systémique, des facteurs sociogéographiques (le foncier, la structure démographique, le genre, la pauvreté, la mobilisation des outils d’information et de communication par ex.) sans pour autant renier le rôle, souvent cristallisateur, des personnalités dirigeantes et de leurs réseaux, classiques en géographie politique.
Au total, l’objet d’étude que sont les différents pouvoirs, leurs rivalités, leurs conflits, leurs stratégies pour le contrôle du territoire constitue un objet renouvelé de l’approche du politique et du religieux en Géographie de l’Afrique.