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L’Afrique hispanophone ou le trou noir de la mémoire « impériale »

Rencontre GIS 2016

Afriques Cosmopolitiques / Paris

Intervenants:

Francesco Correale, Mexcin Ebane, Luciano Ardesi, Juan Carlos Gimeno, Guadalupe Perez Garcia, Roberto Strongman

Présentation de l’atelier

Si on fait traditionnellement remonter la présence espagnole sur le continent africain à la fin du 15e siècle (Martín Corrales, 2002 ; Martín-Márquez, 2008), rarement l’Espagne est prise en compte dans la liste des pays colonisateurs du continent africain. Pourtant, dans les mêmes années de la prise de Melilla, et parallèlement à la conquête militaire des îles Canaries, la flotte de Castille mène des expéditions sur le littoral atlantique du Maghreb, jusqu’à fonder des petites factoreries commerciales comme Santa Cruz de Mar Pequeña (1476). Au cours du 18e siècle, à la suite d’un échange avec le Portugal concernant des territoires latino-américains, le Royaume d’Espagne occupe les territoires qui forment l’actuelle Guinée Equatoriale. Les possessions africaines deviennent réellement importantes pour le Gouvernement espagnol après l’indépendance des colonies américaines, au début du 19e siècle (Mateo Dieste, 2003). A partir des années 1880, la « politique africaine » de l’Espagne jouit d’une conjoncture internationale favorable. Appuyée par le Royaume Uni dans une coalition hostile à la France, le Gouvernement de Madrid réussit à imposer sa présence au Sahara occidental et à renforcer sa position dans les territoires guinéens. Après la perte des derniers territoires coloniaux extra-africains (Cuba, les Philippines et les îles Carolines), l’Etat espagnol se raccroche à l’Afrique et parvient à bénéficier du partage du Sultanat ‘alawite avec la France, en 1912.

L’objectif du panel est de proposer une lecture critique de la présence coloniale espagnole en Afrique par le biais de thèmes comme :

  • les stratégies coloniales espagnoles en Afrique : quels sont les moyens mis en place pour s’assurer la présence dans les territoires visés ; quel est le rôle de l’armée coloniale ?
  • l’impact de ces stratégies sur les populations : comment la présence espagnole est perçue par les populations concernées ; quels sont les changements que cette présence provoque dans les sociétés colonisées tant au niveau politique qu’au niveau social et culturel ?
  • l’héritage colonial et postcolonial de la présence espagnole en Afrique : impact sur les populations ; effets géopolitiques à plus ou moins long terme ; héritages culturels
  • la mémoire du colonialisme espagnol tant en Espagne que dans les anciens territoires colonisés : quelle est la place de l’histoire coloniale espagnole relativement à l’Afrique tant dans l’ancienne métropole que dans les territoires décolonisés ?
  • les savoirs produits par la présence coloniale espagnole tant au niveau des connaissances des territoires et des populations, qu’au niveau de leur retombée en métropole ; 
  • les représentations de la politique coloniale espagnole du point de vue des « empires coloniaux » voisins : comment est-elle perçue la présence espagnole par les administrations coloniales des autres Etats européens ayant un « empire africain » (notamment France, Royaume Uni et Portugal) ?

COMMUNICATIONS

Mexcin Ebane
De l’Espagne franquiste à la Guinée Equatoriale d’avant l’indépendante : approche comparée entre les mouvements nationalistes catalan et basque contre le colonialisme culturel interne en Espagne et un nationalisme anticolonial en Guinée Equatoriale

Luciano Ardesi
L’Espagne et l’imaginaire collectif du peuple sahraoui entre regret et revendications. Les ambiguïtés d’une relation nécessaire.

Juan Carlos Gimeno
Mémoire et mémoires la colonisation espagnole en Afrique

Guadalupe Perez Garcia
Perspective des médias français sur la dernière période coloniale espagnole à Ifni et au Sahara: Le Monde et Gaumont (1956-1975)

Roberto Strongman
Reivindicación de espritualidad bantú como solución a la asimilación en Guinea Ecuatorial a través de la obra de Donato Ndongo-Bidyogo