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L’émergence des maladies chroniques en Afrique: vers une redéfinition culturelle des « patients », des thérapeutes ou des soins ?

Rencontre RTP 2010

Recherches et débats : réinventer l'Afrique? / Bordeaux

Intervenants:

Marie MELEY, Annick TIJOU-TRAORÉ, Jessica MARTINI, Isabelle GOBATTO, Alice DESCLAUX, Fatoumata HANE, Agnès LAINÉ

Présentation de l’atelier

Organisé par Alice DESCLAUX, Anthropologue, Université Paul Cézanne d’Aix-Marseille / IRD, UMR 145 Sida et maladies associées, Dakar, Isabelle GOBATTO – MC en anthropologie, Université Victor Segalen Bordeaux 2, Laboratoire ADES/SSD, UMR 5185 CNRS, Annick TIJOU-TRAORÉ, Anthropologue, Université Victor Segalen Bordeaux 2, Laboratoire ADES/SSD, UMR 5185 CNRS.

 

L’augmentation de la prévalence des maladies chroniques non transmissibles est décrite par les instances internationales comme alarmante dans les pays du Sud. D’autre part, les récents progrès thérapeutiques et l’extension de l’accès aux soins permettent de traiter des pathologies jusqu’alors mortelles à brève échéance. L’amélioration globale de la santé et le vieillissement de la population accroissent le nombre de personnes survivant avec ces pathologies et les populations africaines, en situation de « transition épidémiologique », subissent le cumul de ces maladies. Cette situation épidémiologique est d’autant plus considérée comme inquiétante que les systèmes de soins africains sont encore organisés essentiellement pour prendre en charge des maladies aiguës. Dans ces conditions, le traitement social de la maladie évolue et sa gestion biomédicale doit être « réinventée » ; cette redéfinition, en cours, déborde les démarches formalisées de planification. Comment les systèmes de santé, au sens anthropologique du terme (compris comme des systèmes pluralistes associant des gestions de la santé biomédicales, « traditionnelles » et « alternatives », localisées et globalisées) répondent-ils à la redéfinition de leurs nouvelles charges ? Quels recours adoptent les patients lorsque le traitement au long cours s’accompagne d’effets collatéraux pervers ou bénéfiques ? Qu’en est-il des sens et des interprétations étiologiques accordés à leurs maux ? Comment les modèles sociologiques du « patient », du « soignant », de la « relation soignant-soigné », sont-ils renégociés ? La chronicité fonde-t-elle de nouvelles manières de se penser en tant que « survivant » ou porteur d’une vulnérabilité pouvant être « inversée » grâce aux mobilisations sociales encouragées dans le champ de la santé ? A un autre niveau, comment s’articulent les normes et modèles prônés à l’international, les politiques nationales de santé et les formes de prise en charge quotidienne, à l’échelle des structures de soins micro locales et des interactions entre professionnels et profanes autour de prises en charges? Les propositions et solutions mobilisées en Afrique sont-elles propres à ce contexte culturel ou suivent-elles des logiques déjà observées ailleurs.

A partir d’analyses menées autour de la prise en charge de pathologies telles que le diabète, l’infection à VIH et la drépanocytose dans différents pays d’Afrique sub-saharienne, l’atelier vise à nourrir des réflexions sur « l’invention » de la maladie chronique en Afrique. Il s’agira de discuter l’existence de tendances générales communes à plusieurs pathologies et contextes, et de particularités, concernant des formes de traitement culturel et social. L’atelier s’intéressera notamment aux formes de prise en charge professionnelles et profanes de ces pathologies, et aux interprétations collectives à propos de la maladie chronique en termes de redéfinitions identitaires et des biosocialités.