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Résiliences africaines

Rencontre RTP 2010

Recherches et débats : réinventer l'Afrique? / Bordeaux

Intervenants:

Jean-Luc DUBOIS, Benoît LALLAU, Isabelle DROY, Jean-Philippe BERROU et Claire GONDARD-DELCROIX

Présentation de l’atelier

Organisé par Benoît Lallau (CLersé – CNRS).

L’atelier repose sur l’hypothèse suivante : le concept de résilience permet de rendre compte des stratégies adoptées par les populations africaines confrontées à une incertitude multiforme.

Ce concept a été largement mobilisé dans le champ des analyses systémiques (dans le cadre des travaux sur les systèmes socio-écologiques en particulier) et, plus récemment macroéconomiques (dans des travaux sur de petites économies ouvertes notamment). Mais, au niveau individuel, il demeure en émergence au sein des sciences sociales du développement ; il se fonde sur et tend à articuler trois champs de recherche différents.

Le premier relève de la psychologie, car c’est au sein de cette discipline que la notion de résilience a tout d’abord été appliquée aux individus, comme capacité d’adaptation en suite à un évènement ou une succession d’évènements négatifs, voire traumatisants. Les analyses en termes de subjective well-being , proches de la tradition utilitariste, empruntent ainsi beaucoup aux travaux de la psychologie en termes de coping .

Le deuxième champ mobilisé est celui de l’analyse microéconomique de la vulnérabilité, qui constitue une extension, dans une perspective dynamique, de l’analyse de la pauvreté. La vulnérabilité y est considérée comme une menace, celle de tomber – ou de retomber – dans une situation de pauvreté. Au-delà de ce point de départ commun, de nombreuses nuances peuvent toutefois être trouvées au sein de l’abondante littérature récente, entre approches unidimensionnelles, rendant compte des évolutions autour d’un seuil de pauvreté monétaire, et multidimensionnelles, souvent basées sur les stratégies de détention d’actifs.

Dans le prolongement de ces analyses multidimensionnelles, l’approche des capabilités constitue le troisième champ mobilisé au sein de cet atelier. Les capabilités représentent, selon Amartya Sen, « l’ensemble des modes de fonctionnement humain qui sont potentiellement accessibles à une personne, qu’elle les exerce ou non », c’est-à-dire leurs libertés réelles. Elles découlent de la conversion des potentialités des personnes (liées pour l’essentiel à leurs différentes dotations en capital : monétaire, physique, humain, social), via les opportunités (marchandes et non marchandes) qu’elles parviennent à saisir au cours de leur existence. Potentialités et opportunités déterminent donc l’ampleur des possibilités d’être et d’agir accessibles aux personnes, et c’est-à-dire aussi leur capacité à affronter les risques encourus.

En se centrant sur la capacité d’action de l’individu face aux risques plutôt que sur sa vulnérabilité, on peut alors introduire ce concept de résilience. Nous la définissons ici comme capacité à anticiper ce qui peut l’être (se prémunir des « coups du sort »), à réagir à ce qui survient de manière imprévue (tirer parti des « coups du sort »), mais aussi à aspirer à une amélioration réalisable de sa situation. Une faible résilience se traduit souvent par le primat de stratégies défensives, visant à sauvegarder ce qui peut l’être, par une gestion de l’urgence teintée de fatalisme et d’attentisme, alors qu’une forte résilience permet l’adaptation des pratiques productives, des modes d’accumulation du capital, des réorientations majeures de stratégie. La résilience fait donc particulièrement sens dans des sociétés africaines exposées à de nombreux risques, de tous ordres, mais au sein desquels les individus ne restent pas passifs, aujourd’hui comme hier.

Au-delà de ces éléments de définition, l’analyse en termes de résilience doit être approfondie. Sur le plan conceptuel tout d’abord. Sur le plan méthodologique ensuite, il s’agit alors d’en envisager le caractère opératoire. Sur le plan normatif enfin, il peut amener à tirer un certain nombres d’enseignements en termes de lutte contre la pauvreté dans une optique préventive. Les communications de l’atelier « résiliences africaines » s’attacheront à traiter de l’une et/ou l’autre de ces enjeux.

Mots-clés

Résilience, risque, vulnérabilité, capacité, durabilité sociale, analyse théorique, études empiriques, milieu rural, milieu urbain, Burkina-Faso, Kenya, Mali, République Centrafricaine, République Démocratique du Congo.

Références

Alinovi, L., Mane, E., et Romano D. (2009). Measuring household resilience to food insecurity : application to Palestinian households, Working Paper, Rome : FAO.

Berkes, F et Folke, C (eds) (1998). Linking Social and Ecological Systems. Management Practices and Social Mechanisms for Building Resilience. Cambridge : Cambridge University Press.

Courade, G. et de Suremain, Ch.-E. (2001). « Inégalités, vulnérabilité et résilience : les voies étroites d’un nouveau contrat social en Afrique » in Winter G. (éd.), Inégalités et politiques publiques en Afrique. Pluralité des normes et jeux d’acteurs, Paris : IRD-Karthala, pp. 119-133,

Cyrulnik B. (2002), Un merveilleux malheur, Éd. Odile Jacob.

Dauphiné, A. et Provitolo, D. (2007). « La Résilience : un concept pour la gestion des risques ». Annales de Géographie n°654.

Richemond A. (2003). La résilience économique. Paris : Éditions d’Organisation.