Les Rencontres des Études africaines en France


Retrouvez l'ensemble des ateliers proposés lors des différentes rencontres organisées par le GIS

Empowerment, émancipation, autonomisation : des notions circulantes pour des questions universelles ? Lectures croisées Suds/Nords

REAF 2022
Circulations dans les Afriques, Afriques en circulation
Toulouse

Présentation

Les notions d’autonomisation, d’empowerment et d’émancipation qui circulent dans le développement, génèrent des discours qui forment, depuis plusieurs décennies la pierre angulaire de la recherche sur les femmes des Suds. Un consensus est établi autour du modèle voyageur (Rottenburg, Park, Behrends, 2014 ; Olivier de Sardan, Diarra, Moha, 2017) suivant : il faut autonomiser les femmes, sous-entendu économiquement et individuellement, pour obtenir l’égalité de genre. Les approches théoriques critiques de ces notions montrent qu’elles s’éloignent de leur sens initial, tel que conceptualisé par les féministes des Suds, ren o ant un concept de genre dépolitisé devenu un « alibi du développement » (Verschuur, 2009). Les politiques de développement visant à autonomiser les femmes s’appuient par ailleurs sur des schémas développés dans les pays du Nord, pensés comme universels, alors même que l’égalité femmes-hommes y est une transition inachevée (Pugliese et al., 2017).

Ce panel propose de réfléchir à la manière dont les valeurs hégémoniques que contiennent ces référents normatifs, modèlent les initiatives individuelles, collectives, ou politiques. Lorsque les regards sont croisés l’échelle globale, la tendance consiste encore non seulement à opérer un mouvement unidirectionnel du Nord vers le Sud, mais aussi à gommer la complexité pour (re)présenter Nord et Sud comme des entités homogènes. L’objectif est de s’extraire de cette vision réductrice afin d’analyser les proximités et les spécificités dans la manière dont les rapports sociaux de sexe s’actualisent aujourd’hui dans des sociétés à ethos différents (Bajos et Ferrand, 2009).

Il est attendu que les communications empiriques issues de travaux menés dans des contextes des Suds, dont africains, et des « Nords » répondent aux questions suivantes : quelle réception est faite de ces injonctions internationales l’autonomie, l’empowerment ou l’émancipation ? Comment les acteurs et actrices sociales, notamment féministes, adaptent-ils et elles individuellement et collectivement à leurs contextes ces mots du développement, de la recherche et le militantisme et pour quelles transformations sociales ? Quelles notions alternatives sont éventuellement mobilisées ? Quelles sont les proximités et les spécificités entre ce qui joue dans les « Suds » et les « Nords » ?

Coordination : Charlotte Vampo et Madeleine Wayack-Pambè

Résumés des communications

La légalisation de l’avortement au Sénégal : un combat au nom de l’égalité ?

Marième N’Diaye

Les conventions internationales et régionales constituent un instrument de lutte contre les discriminations dont se saisissent les militantes de la cause des femmes en Afrique. Au Sénégal, elles s’appuient sur le Protocole de Maputo pour revendiquer un droit limité à l’avortement (en cas de viol et d’inceste), davantage susceptible de faire consensus. Il s’agit d’un exemple intéressant pour interroger l’éventuelle spécificité d’un négoféminisme africain et son degré d’efficacité.

Former au genre au Mali – de la perte du contrôle sur la réception du genre

Elisabeth Hoffman

Cette communication partage des éléments d’analyse de la composante genre d’un programme de “requalification des fonctionnaires” au Mali. Après l’exposition du contexte, lacommunication se focalise sur la réception, par les apprenant·es, de trois notions clé et liées entre elles : genre, égalité et empowerment. L’analyse est basée sur des verbatim, des résultats d’une enquête, et des échanges sur une liste de diffusion.

Continuités et discontinuités du discours et des stratégies d’empowerment au Sud : contribution à partir de la perspective féministe au Sénégal

Cina Gueye

Cette proposition de communication s’intéresse au processus d’appropriation et de traduction de la notion d’empowerment par les militantes féministes sénégalaises. Elle propose d’explorer différentes questions restées en suspens. En quoi la référence à ce concept, son importation enrichit les répertoires d’action militante, et selon quelles modalités ? comment entre-t-elle en contact voire en conflit avec des concepts proches ? Comment ces activistes pensent l’empouvoirement et à partir de quels répertoires discursifs se positionnent-elles ? Ce concept a-t ’il un réel pouvoir libérateur dans une société fortement marquée par la contraction des espaces civiques et les velléités de censure des voix discordantes ? Cette dernière interrogation est également une porte d’entrée pour explorer les stratégies féministes, la question de l’horizontalité de leur démarche d’accompagnement et enfin la place réelle, dans le processus, des populations marginalisées.

Une réappropriation féministe et décoloniale des pratiques d’empowerment est-elle possible ?

Lila Droussent

Cette communication a pour objectif d’interroger les tensions qui existent entre plusieurs conceptions de «l’empowerment». Longtemps utilisé pour promouvoir l’émancipation des femmes des suds par le travail, il est désormaisré-employé dans un sens plus radical par différents courants féministes. Nous nous interrogerons sur ce que peut être une pratique d’empowerment vectrice d’émancipation en nous appuyant particulièrement sur les courants du black feminism et du féminisme décolonial.

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