Les Rencontres des Études africaines en France


Retrouvez l'ensemble des ateliers proposés lors des différentes rencontres organisées par le GIS

Subjectivités politiques et pluralité d’agir politique en contexte postcolonial et d’extraversion

REAF 2022
Circulations dans les Afriques, Afriques en circulation
Toulouse

Présentation

Après avoir consacré le recul de l’État via les Programme d’ajustement structurel dans les années ’80, au tournant du millénaire, les leitmotivs et autres buzzwords des cadres internationaux de l’aide au développement sont la « participation » et le « co-développement » visant à organiser de nouveaux rapports entre organisations de développement, États et acteurs se réclamant de la société civile (Cornwall & Eade, 2010). Ces derniers deviennent un rouage central du complexe développementiste et, selon la rhétorique officielle, sont appelés à limiter le pouvoir de l’Etat pour réaliser un processus de démocratisation depuis l’échelon local jusqu’à l’international, y compris dans des régimes semi-autoritaires (Hilgers & Mazzocchetti 2010). Dans ce contexte, par le biais des financements alloués et d’une stratégie d’empowerment/renforcement de capacités (Lavigne Delville, 2015), les bailleurs de fonds cadrent et valorisent certaines formes d’organisation et d’agir politique comme, par exemple, la forme associative, l’advocacy/plaidoyer ainsi que le travail en réseau et en coalition d’acteurs articulant échelons local, international et dynamique transnationale. Cette histoire et ce cadrage ont ainsi contribué à profondément modeler les subjectivités politiques et les formes conventionnelles d’agir politique tant au Nord qu’au Sud (Bouilly et al., 2016 ; Bouilly, 2019).

Sur le continent africain, en miroir à l’État importé (Badie 1992), cela a donné lieu à une littérature consacrée à « l’illusion » d’une société civile africaine (Chabal & Dalloz, 1999), à sa greffe (Pirotte 2003, Quantin 2004, Poncelet & Pirotte 2007), ainsi qu’à son rôle (Blundo 1995, Bierschenk et al. 2000) et ses ruses (Laurent 1998) dans les stratégies de captation de rente du développement. Tout comme les États africains, ces sociétés civiles africaines seraient aux prises avec des logiques d’extraversion (Bayart 1999, Bouilly 2010) qui viendraient, pour certains, dénaturer un militantisme « authentique » largement fantasmé.

Toutefois, de nombreux facteurs ont contribué à reconfigurer les modalités de l’agir politique et du militantisme du niveau local au niveau transnational. Le contexte de « crises » multiples expérimenté par l’Afrique de l’Ouest (guerres civiles, Ebola, menace jihadiste, mouvements armés) s’est accompagné d’un accroissement des flux financiers à destination de l’humanitaire et d’un désengagement financier auprès des organisations de développement dites « de la société civile ». Les « crises » ont ainsi eu un effet de basculement obligeant les acteurs à se repositionner les uns vis-à-vis des autres, et vis-à-vis des bailleurs de fonds. Par ailleurs, le rôle joué par le digital et les mouvements diasporiques transnationaux participent aujourd’hui à une reconfiguration inédite des acteurs africains de ces « sociétés civiles » et de leurs formes d’agir politique dans un contexte postcolonial où le consensus postindépendance est de plus en plus contesté, comme en témoignent les controverses sur les migrations internationales, le franc CFA ou encore les interventions militaires internationales au sein desquelles sont impliquées les anciennes puissances coloniales. Souvent, ces repositionnements renouent avec et revendiquent une mémoire des luttes passées, en contrepoint d’une certaine forme d’amnésie occidentale disqualifiant ces histoires militantes africaines.

À partir de différents ancrages nationaux, transnationaux et mouvements diasporiques africains, ce panel invite des contributions basées sur des recherches empiriques qui analysent, à travers un prisme intersectionnel, la construction des subjectivités politiques militantes et la pluralité d’agir politique dans un contexte postcolonial et d’extraversion, dont le qualificatif de « crise » est éminemment performatif.

Coordination : Marie Deridder et Anaïs Menard

Communications

Claire Lefort-Rieu
Aide internationale et société civile en contexte de « crises migratoires » au Cameroun : une « démobilisation collective » renouvelée ?

Almamy Sylla
Les rapatriés de la Libye au Mali entre contestation et volonté d’émancipation

Jean Illi
Mouvements citoyens, un espoir balayé ?

Espoir Bisimwa Bulangalire Kalambi et François M’munga Assumani
Désocialiser la société civile pour resocialiser l’Etat : l’aide au développement face aux violences locales à Uvira (Sud-Kivu, RDC)

Ysé Auque-Pallez
Lutter pour la « seconde indépendance » de l’Afrique. L’influence des mouvements panafricanistes afrocentriques transnationaux sur les reconfigurations de l’agir politique en contexte postcolonial

Mohammed Benidir
Faire le courtage associatif autrement. La formation, le renforcement des capacités et le plaidoyer dans le Sud-est marocain

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